{"id":49,"date":"2021-04-28T23:37:09","date_gmt":"2021-04-28T21:37:09","guid":{"rendered":"http:\/\/danicher.fr\/?page_id=49"},"modified":"2023-05-05T22:52:16","modified_gmt":"2023-05-05T20:52:16","slug":"a-propos","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/danicher.fr\/index.php\/a-propos\/","title":{"rendered":"A propos"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-page\" data-elementor-id=\"49\" class=\"elementor elementor-49\" data-elementor-settings=\"[]\">\n\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-section-wrap\">\n\t\t\t\t\t\t\t<section class=\"elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-e7e1d9b elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default\" data-id=\"e7e1d9b\" data-element_type=\"section\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-container elementor-column-gap-default\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-column elementor-col-100 elementor-top-column elementor-element elementor-element-5e32a7c\" data-id=\"5e32a7c\" data-element_type=\"column\">\n\t\t\t<div class=\"elementor-widget-wrap elementor-element-populated\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-60b4540 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"60b4540\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"page\" title=\"Page 1\"><div class=\"layoutArea\"><div class=\"column\"><p>James BELAUD<\/p><\/div><\/div><div class=\"layoutArea\"><div class=\"column\"><p>J\u2019Mag Attention Talents<\/p><\/div><\/div><div class=\"layoutArea\"><div class=\"column\"><p>Pourriez-vous vous pre\u0301senter ?<\/p><p>Laurent DANICHER<\/p><p>Je m\u2019appelle Laurent DANICHER. Mes parents avaient un magasin de disques, TV, hi-fi dans les anne\u0301es 70. A\u0300 l\u2019e\u0301poque, il se vendait beaucoup de 45 tours, des chansons courtes, me\u0301lodiques, orchestre\u0301es. J&rsquo;ai e\u0301te\u0301 tre\u0300s impre\u0301gne\u0301 par cet univers.<\/p><p>A\u0300 7 ans, j&rsquo;ai demande\u0301 un orgue pour Noe\u0308l dont j&rsquo;ai appris a\u0300 jouer seul, avec une me\u0301thode. A\u0300 12 ans, j&rsquo;ai inte\u0301gre\u0301 la fanfare de notre ville et y ai appris le solfe\u0300ge. A\u0300 14 ans, mes parents m&rsquo;ont mis dans un internat, ou\u0300 j&rsquo;ai rencontre\u0301 un gars qui m&rsquo;a appris la guitare. J\u2019ai tre\u0300s vite, et pendant pas mal d&rsquo;anne\u0301es, joue\u0301 dans des groupes de rock, new wave, dans lesquels je composais. Je n\u2019ai jamais chante\u0301, je n\u2019ai jamais voulu e\u0302tre chanteur. Puis il n&rsquo;y a plus eu de groupe, j&rsquo;ai rencontre\u0301 ma femme et nous avons eu un enfant.<\/p><p>J&rsquo;avais un boulot, mais le temps consacre\u0301 a\u0300 la musique devenait toujours plus important. Lorsque j&rsquo;aimais un artiste, un album, ou me\u0302me une seule chanson, je voulais tout savoir : qui a e\u0301crit la musique, qui a fait les arrangements, qui joue de tel instrument, qui a mixe\u0301 etc.. j&rsquo;en lisais tous les articles et interviews possibles.<\/p><p>Un jour je suis tombe\u0301 sur une compilation de Dionne Warwick dans un supermarche\u0301 (le magasin de disques n&rsquo;existait plus) ou\u0300 il y avait environ 25 chansons. J&rsquo;avais souvent lu les noms de Burt Bacharach et Dionne Warwick dans des interviews, dont celle de Scott Walker, par exemple, dont j&rsquo;e\u0301tais fan absolu. La compile cou\u0302tait 10 francs, je l&rsquo;ai achete\u0301e par curiosite\u0301. Sans rentrer dans les de\u0301tails, cette compile a changer ma vie : de\u0301ja\u0300 en m&rsquo;e\u0301loignant du \u00abrock\u00bb qui depuis un moment ne me rendais plus heureux (e\u0301poque Pixies), et surtout, elle m&rsquo;a ouvert la voie de nouveaux univers qui continuent de me fasciner aujourd&rsquo;hui (Jobim, Hazlewood, Jimmy Webb, Sinatra, John Barry, Motown, et tant d&rsquo;autres)<\/p><p>A\u0300 ce moment la\u0300, on pouvait assez facilement se procurer un ordinateur et un logiciel pour composer, en ayant acce\u0300s a\u0300 a\u0300 peu pre\u0300s toutes les banques de sons imaginables (cordes, cuivres, piano etc ..) La qualite\u0301 des sons n&rsquo;e\u0301tait pas terrible a\u0300 l&rsquo;e\u0301poque, mais cela a suffit pour que je me remette a\u0300 composer quotidiennement, sans but pre\u0301cis, sans savoir pour qui ni pour quoi, mais j&rsquo;e\u0301tais tenace. Je crois que je re\u0302vais secre\u0300tement d&rsquo;e\u0302tre remarque\u0301 et sollicite\u0301 pour e\u0301crire et arranger pour des artistes extraordinaires, alors que je ne faisais absolument rien pour c\u0327a. Je n&rsquo;ai pas beaucoup change\u0301 depuis.<\/p><p>Un jour, ma femme m\u2019a parle\u0301 de la compile CQFD des Inrocks. Elle m&rsquo;a explique\u0301 qu&rsquo;il restait 3 semaines pour envoyer une chanson. J&rsquo;avais plein de petits bouts de me\u0301lodies, d&rsquo;arrangements, mais rien de fini, et surtout ze\u0301ro paroles. Elle a tout de me\u0302me re\u0301ussi a\u0300 me convaincre. J&rsquo;ai demande\u0301 a\u0300 un pote de m&rsquo;aider a\u0300 e\u0301crire un texte, j&rsquo;ai essaye\u0301 de faire un de\u0301but et une fin a\u0300 la chanson, puis j&rsquo;ai enregistre\u0301 ma voix la\u0300 dessus, tout cela dans un e\u0301tat de panique absolu. Le re\u0301sultat ressemblait a\u0300 la panique absolue dont je viens de parler, hors de question de l&rsquo;envoyer, ma femme adorait, elle l&rsquo;a donc envoye\u0301 dans mon dos, puis m&rsquo;en a informe\u0301. Pas de soucis, ils rec\u0327oivent environ 7000 chansons pour en se\u0301lectionner une vingtaine, on n&rsquo;entendra plus jamais parler de c\u0327a. Evidemment, quelques jours plus tard, on m&rsquo;appelle des Inrocks pour me dire que ma chanson fait partie des 20 qui seront sur le CD. Hors de question que les gens entendent c\u0327a, je refuse ! On me demande alors pourquoi je l&rsquo;ai envoye\u0301e, je re\u0301ponds que ce n&rsquo;est pas moi qui l&rsquo;ai envoye\u0301e, et sentant ma panique, mon interlocuteur finit par me dire que mon choix sera respecte\u0301, la chanson ne sera pas sur le CD. Merci !<\/p><\/div><\/div><\/div><div class=\"page\" title=\"Page 2\"><div class=\"layoutArea\"><div class=\"column\"><p>Le lendemain, coup de te\u0301le\u0301phone de JD Beauvallet, re\u0301dacteur en chef musique des Inrocks, tre\u0300s sympathique, tre\u0300s apaisant, qui me dit ok pour le refus, mais me demande si je veux bien lui envoyer d&rsquo;autres musiques, d&rsquo;autres chansons, et me donne son adresse. Je connaissais tre\u0300s bien JD pour ses articles dans les Inrocks. C&rsquo;est lui qui m&rsquo;avait fait de\u0301couvrir tant de choses a\u0300 l&rsquo;e\u0301poque, des Smiths ou New Order a\u0300 Scott Walker, tout cela dans un style d&rsquo;e\u0301criture bien a\u0300 lui que j&rsquo;adorais. J&rsquo;ai donc e\u0301te\u0301 tre\u0300s touche\u0301 par son appel, et cet e\u0301pisode m&rsquo;a mis en quelque sorte \u00abau boulot\u00bb.<\/p><p>Je ne me voyais toujours pas chanteur, mais ce que j&rsquo;aimais, c&rsquo;e\u0301tait les chansons. J&rsquo;ai donc de\u0301cide\u0301 de ne faire que des duos, et j&rsquo;ai demande\u0301 a\u0300 L\u00e6titia, la s\u0153ur de ma femme, de chanter avec moi. Parce que cette fille ne ressemble a\u0300 personne d&rsquo;autre, j&rsquo;adore sa voix, j&rsquo;aime sa fac\u0327on tre\u0300s passionne\u0301e de vivre les choses, je savais qu&rsquo;elle aimait chanter, et cela me permettait de ne pas me retrouver seul a\u0300 chanter, ce qui aurait e\u0301te\u0301 un cauchemar pour moi. C&rsquo;e\u0301tait aussi une bonne fac\u0327on d&rsquo;e\u0301crire des textes qui me convenaient, c&rsquo;est a\u0300 dire sans parler de moi, sans parler de politique, mais pluto\u0302t des textes qui seraient un peu cine\u0301matographiques, entre un homme et une femme, amoureux, sexys, dro\u0302les, de\u0301munis, re\u0302veurs, ce genre de choses.<\/p><p>Pendant un an, le me\u0302me pote a continue\u0301 d&rsquo;e\u0301crire pour moi, on travaillait ensemble, me\u0302me si c&rsquo;est lui qui avait le talent de l&rsquo;e\u0301criture, et moi je continuais a\u0300 tenter de boucler mes musiques. Chaque fois qu&rsquo;une maquette e\u0301tait termine\u0301e, je l&rsquo;envoyais a\u0300 JD. J&rsquo;ai a\u0300 nouveau e\u0301te\u0301 se\u0301lectionne\u0301 pour la compile CQFD l&rsquo;anne\u0301e suivante, j&rsquo;ai cette fois accepte\u0301, et ensuite JD a demande\u0301 a\u0300 me rencontrer, et m&rsquo;a recommande\u0301 a\u0300 un e\u0301diteur a\u0300 Paris avec lequel j&rsquo;ai signe\u0301 un contrat de 5 ans.<\/p><p>Beaucoup de choses se sont passe\u0301es durant ces 5 ans. Je ne vais pas les raconter car ce serait trop long. Ce qui est su\u0302r, c&rsquo;est qu&rsquo;on m&rsquo;a tendu la main, on m&rsquo;a propose\u0301 de sortir un album sous le label associe\u0301 a\u0300 cet e\u0301diteur, puis ce projet d&rsquo;album a e\u0301te\u0301 annule\u0301, puis remis a\u0300 plus tard, on m&rsquo;a propose\u0301 d&rsquo;e\u0301crire des musiques pour d&rsquo;autres artistes. Rien de tout cela n&rsquo;a abouti. Avec le recul, je pense que tout simplement, nous n&rsquo;avions pas du tout la me\u0302me fac\u0327on d&rsquo;envisager la musique.<\/p><p>Peu de temps apre\u0300s cet e\u0301pisode, la premie\u0300re personne qui est venu me proposer de m&rsquo;aider, c&rsquo;est Matthieu Zirn, un batteur exceptionnel originaire de la me\u0302me ville que moi. On ne se connaissais pas vraiment, mais nous sommes tre\u0300s vite devenus amis. Ensuite il y a eu Gontran Motyka, un ami d&rsquo;adolescence qui e\u0301tait devenu prof de basse et de guitare, musicien magnifique lui aussi. J&rsquo;ai rencontre\u0301 plus tard Claudio Celada, pianiste que j&rsquo;ai tout de suite aime\u0301 et qui m&rsquo;a propose\u0301 de faire mes pianos. Puis les autres musiciens se sont rajoute\u0301s.<\/p><p>Quand je m&rsquo;attaque a\u0300 un album, je me le\u0300ve a\u0300 4 heures du matin et y travaille jusqu&rsquo;au soir, tous les jours, sur mon ordi. Je structure les chansons, e\u0301crit les arrangements et e\u0301crit toutes les parties (batteries, basses, pianos, cordes, cuivres) puis j&rsquo;enregistre les voix en yaourt. Cela me prend 3-4 mois. Ensuite Gontran vient travailler avec moi. Nous reprenons chaque morceau pour essayer d&rsquo;ame\u0301liorer les arrangements, rythmiques ou autres, puis il enregistre les basses et les guitares.<\/p><p>C&rsquo;est ensuite le moment d&rsquo;e\u0301crire les textes pour pouvoir enregistrer les voix avec L\u00e6titia. Je ne voudrais pas envoyer les chansons aux autres musiciens sans qu&rsquo;ils ne comprennent de quoi il s&rsquo;agit.<\/p><p>Les paroles, c&rsquo;est une chose a\u0300 laquelle je ne pense jamais. Je n&rsquo;ai rien de spe\u0301cial a\u0300 dire et surtout la musique prend toute la place dans mes pense\u0301es, c&rsquo;est avec elle que je m&rsquo;exprime. Je suis donc oblige\u0301 de me faire aider. Pour le premier album, les paroles avaient e\u0301te\u0301s e\u0301crites assez to\u0302t, avec Bernard Strubel, a\u0300 l&rsquo;e\u0301poque ou\u0300 je les envoyais a\u0300 JD, elles e\u0301taient donc pre\u0302tes quand on a commence\u0301 a\u0300 faire l&rsquo;album. Pour le deuxie\u0300me album, aucun texte n&rsquo;e\u0301tait e\u0301crit. Un ami strasbourgeois, auteur compositeur, Gregory Peltier, dont j&rsquo;aime beaucoup le style, avait accepte\u0301 de m&rsquo;aider. Je lui ai propose\u0301 de me rejoindre une semaine dans le sud de la France, chez mon pe\u0300re dont je m&rsquo;occupais souvent a\u0300 l&rsquo;e\u0301poque, et il a accepte\u0301. Il ne ma demande\u0301 qu&rsquo;une seule chose, que je sache de quoi chaque chanson devait parler au moment ou\u0300 il arriverait. Je lui ai dit ok, et je ne m&rsquo;inquie\u0301tais pas pour c\u0327a, je trouverais bien des ide\u0301es. Je me vois encore chez mon pe\u0300re, a\u0300 vaguement re\u0301fle\u0301chir a\u0300 la question et a\u0300 toujours remettre au lendemain. Le jour ou\u0300 j&rsquo;ai cherche\u0301 Greg a\u0300 l&rsquo;ae\u0301roport de Marseille, dans la voiture, il m&rsquo;a tout de suite demande\u0301 si j&rsquo;avais les sujets pour toutes les chansons. Quand je lui ai re\u0301pondu que je n&rsquo;avais de sujet pour aucune chanson, j&rsquo;ai cru qu&rsquo;il allait remonter dans l&rsquo;avion en courant. Nous nous y sommes mis de\u0300s le lendemain matin. Tandis que je planais, en attendant qu&rsquo;une ide\u0301e tombe du ciel, Greg me rentrait dedans en me questionnant sans cesse : que fait Le\u0301tis, ou\u0300 est elle ? Et toi, tu fais quoi, tu es ou\u0300 ? Pourquoi, comment ? J&rsquo;ai re\u0301pondu que nous pourrions nous retrouver par hasard apre\u0300s des anne\u0301es, disons dans le sud, puisque c&rsquo;est la\u0300 que nous sommes, et de\u0301cider de prendre ma voiture pour nous promener sur la co\u0302te d&rsquo;Azur. J&rsquo;avais ma guitare, lui son ordi, nous avons e\u0301crit La Londe ce jour la\u0300. A\u0300 partir de la\u0300, chaque soir, dans mon lit, je trouvais l&rsquo;ide\u0301e de la ou des deux prochaines chansons, et nous avons e\u0301crit ainsi les douze chansons de l&rsquo;album en une semaine. Ce fu\u0302t une semaine tre\u0300s intense. Les ide\u0301es, bizarrement, n&rsquo;e\u0301taient plus un proble\u0300me, mais il nous a fallu beaucoup de discussions, de confrontations entre sa sensibilite\u0301 et la mienne, beaucoup de tout, pour parvenir a\u0300 trouver un style qui me plaise et qu&rsquo;il valide.<\/p><\/div><\/div><\/div><div class=\"page\" title=\"Page 3\"><div class=\"layoutArea\"><div class=\"column\"><p>Je suis ensuite retourne\u0301e a\u0300 Strasbourg, Letis venait tous les samedis pour enregistrer les voix, encore des moments que j&rsquo;ai adore\u0301 passer avec elle, puis j&rsquo;ai envoye\u0301 les pistes aux autres musiciens qui ont tous enregistre\u0301 leur parties a\u0300 la maison, quand ils avaient le temps, entre deux concerts ou sessions de studio.<\/p><p>C&rsquo;est Alessandro Franzi, qui a le studio Sonar Vox a Strasbourg, un ami tre\u0300s proche, qui a mixe\u0301 et masterise\u0301 l&rsquo;album.<\/p><p>Les deux albums sont sortis chez La Souterraine, une plateforme de musiques chante\u0301es en franc\u0327ais, qui m&rsquo;avaient contacte\u0301 quand nous faisions le premier album.<\/p><p>James BELAUD<\/p><p>Quelles sont vos re\u0301fe\u0301rences, influences et sources d\u2019inspiration ?<\/p><p>Laurent DANICHER<\/p><p>L&rsquo;inspiration peut venir a\u0300 n&rsquo;importe quelle moment, en regardant un film, en lisant un passage d&rsquo;un bouquin, en observant une sce\u0300ne dans la vie. Quand quelque chose me touche, m&rsquo;inspire, ce que je ressens se traduit toujours par une me\u0301lodie ou au moins une ambiance musicale. Ensuite, obligatoirement, c\u0327a prend forme en fonction de ce que j&rsquo;ai l&rsquo;habitude d&rsquo;e\u0301couter, de ma culture musicale. Les premiers noms qui me viennent a\u0300 l&rsquo;esprit sont Burt Bacharch, Lee Hazlewood, Jimmy Webb, Stevie Wonder, Tom Jobim, Brian Wilson. Je suis aussi reste\u0301 tre\u0300s fan de New Order, on sent que tout au long de leur parcours ils ont toujours essaye\u0301 de progresser, d&rsquo;apprendre a\u0300 mieux e\u0301crire la musique, avec leurs propres moyens, et je trouve la voix de Bernard Summer tre\u0300s touchante. Le dernier groupe de rock qui m&rsquo;ait vraiment passionne\u0301, c&rsquo;est The Brian Jonestown Massacre, surtout en live. Je trouve Anton Newcombe tre\u0300s doue\u0301 dans son e\u0301criture de la musique, et dans sa fac\u0327on e l&rsquo;enrichir avec toutes ces guitares joue\u0301es de fac\u0327on tre\u0300s rela\u0302che\u0301e.<\/p><\/div><\/div><\/div><div class=\"page\" title=\"Page 4\"><div class=\"layoutArea\"><div class=\"column\"><p>James BELAUD<\/p><p>Quels sont vos projets pour les mois a\u0300 venir ?<\/p><p>Laurent DANICHER<\/p><p>Je suis en train de faire des singles pour L\u00e6titia et moi. Je n\u2019ai plus envie de faire d\u2019album pour le moment. J\u2019ai e\u0301crit la musique d\u2019une chanson pour une chanteuse strasbourgeoise que j&rsquo;aime beaucoup. J\u2019aimerais faire des concerts, mais il faut que quelqu&rsquo;un s\u2019occupe de moi. Je ne me sens pas la force de tout organiser, et je n&rsquo;ai pas les moyens de re\u0301unir les musiciens pour re\u0301pe\u0301ter, et de les payer. Je n\u2019ai pas d\u2019autres projets que de faire de la musique.<\/p><p>James BELAUD<\/p><p>Que pensez-vous de la sce\u0300ne de musiques actuelles ?<\/p><p>Je ne connais pas du tout la musique actuelle. De temps en temps, je lis un article qui me donne envie d&rsquo;aller e\u0301couter un artiste, et la plupart du temps je n&rsquo;y comprends pas grand chose. Mon fils n&rsquo;est plus a\u0300 la maison, mais longtemps il m&rsquo;a fait de\u0301couvrir des trucs inte\u0301ressants. J&rsquo;entends souvent des choses qui me plaisent a\u0300 la radio, en voiture, dans un magasin, dans un bar, mais tre\u0300s rarement au point d&rsquo;approfondir.<\/p><p>James BELAUD<\/p><p>D\u2019apre\u0300s votre parcours et votre expe\u0301rience, auriez-vous un ou plusieurs conseils a\u0300 donner a\u0300 un groupe qui de\u0301bute ?<\/p><p>Laurent DANICHER<\/p><p>Je ne suis pas su\u0302r d&rsquo;e\u0302tre bien place\u0301 pour donner des conseils a\u0300 qui que ce soit. Je crois que c&rsquo;est bien de s&rsquo;entourer de gens qui agissent, qui font les choses, qui n&rsquo;ont pas peur de faire des erreurs. Le but est d&rsquo;avancer, de progresser, avec les moyens qu&rsquo;on a ou qu&rsquo;on n&rsquo;a pas.<\/p><p>James BELAUD<\/p><p>Quelle est selon vous la de\u0301finition du mot \u00ab artiste \u00bb ?<\/p><p>Laurent DANICHER<\/p><p>J&rsquo;ai tendance a\u0300 plus penser au mot artiste pour un ou une un interpre\u0300te extraordinaire, que pour un compositeur, un metteur en sce\u0300ne, ou un e\u0301crivain, par exemple.<\/p><p>James BELAUD<\/p><p>Pour conclure, auriez-vous un ou plusieurs messages a\u0300 transmettre a\u0300 nos lecteurs pour leur donner envie de vous de\u0301couvrir ou de vous rede\u0301couvrir ?<\/p><p>Mon deuxie\u0300me album, les amants du midi, raconte une histoire qui de\u0301bute a\u0300 la premie\u0300re et se termine a\u0300 la dernie\u0300re chanson. Ce n&rsquo;e\u0301tait pas pre\u0301me\u0301dite\u0301, pas pre\u0301vu, c\u0327a s&rsquo;est fait comme c\u0327a, spontane\u0301ment. Tre\u0300s vite je me suis rendu compte de cela, e\u0301videmment, et comme c\u0327a racontait un genre d&rsquo;histoire a\u0300 la Bonnie &amp; Clyde, j&rsquo;ai imme\u0301diatement pense\u0301 au film de Terrence Malick \u00ab la balade sauvage \u00bb C&rsquo;est le premier film de Malick, on voit qu&rsquo;il e\u0301tait loin d&rsquo;avoir les moyens qu&rsquo;il a eu par la suite, mais c&rsquo;est de loin celui que je pre\u0301fe\u0300re. Ce film raconte e\u0301galement une histoire a\u0300 la Bonnie &amp; Clyde, une histoire comme on en a connu des dizaines, mais son style le rend unique et beau. Je n&rsquo;ai pas de moyen non plus, mais peut e\u0302tre ai je su trouver un style inte\u0301ressant pour raconter cette l&rsquo;histoire.<\/p><\/div><\/div><\/div>\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/section>\n\t\t\t\t<section class=\"elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-226d957 elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default\" data-id=\"226d957\" data-element_type=\"section\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-container elementor-column-gap-default\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-column elementor-col-100 elementor-top-column elementor-element elementor-element-128f29b\" data-id=\"128f29b\" data-element_type=\"column\">\n\t\t\t<div class=\"elementor-widget-wrap elementor-element-populated\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-ae95c68 elementor-widget elementor-widget-spacer\" data-id=\"ae95c68\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"spacer.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-spacer\">\n\t\t\t<div class=\"elementor-spacer-inner\"><\/div>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/section>\n\t\t\t\t<section class=\"elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-f343dac elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default\" data-id=\"f343dac\" data-element_type=\"section\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-container elementor-column-gap-default\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-column elementor-col-100 elementor-top-column elementor-element elementor-element-38c449e\" data-id=\"38c449e\" data-element_type=\"column\">\n\t\t\t<div class=\"elementor-widget-wrap elementor-element-populated\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-64a4719 elementor-widget elementor-widget-image\" data-id=\"64a4719\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"image.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<img width=\"600\" height=\"190\" src=\"https:\/\/danicher.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/lo-le-clop.jpg\" class=\"attachment-large size-large\" alt=\"\" loading=\"lazy\" srcset=\"https:\/\/danicher.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/lo-le-clop.jpg 600w, https:\/\/danicher.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/lo-le-clop-300x95.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/>\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/section>\n\t\t\t\t<section class=\"elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-f264aed elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default\" data-id=\"f264aed\" data-element_type=\"section\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-container elementor-column-gap-default\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-column elementor-col-100 elementor-top-column elementor-element elementor-element-aee4be6\" data-id=\"aee4be6\" data-element_type=\"column\">\n\t\t\t<div class=\"elementor-widget-wrap elementor-element-populated\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-32a4f3d elementor-widget elementor-widget-spacer\" data-id=\"32a4f3d\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"spacer.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-spacer\">\n\t\t\t<div class=\"elementor-spacer-inner\"><\/div>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/section>\n\t\t\t\t<section class=\"elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-fb21238 elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default\" data-id=\"fb21238\" data-element_type=\"section\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-container elementor-column-gap-default\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-column elementor-col-100 elementor-top-column elementor-element elementor-element-2e6961b\" data-id=\"2e6961b\" data-element_type=\"column\">\n\t\t\t<div class=\"elementor-widget-wrap elementor-element-populated\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-ee0767c elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"ee0767c\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"page\" title=\"Page 1\"><div class=\"layoutArea\"><div class=\"column\"><p><strong>DANICHER<\/strong><\/p><\/div><\/div><div class=\"layoutArea\"><div class=\"column\"><p><strong>Ce pourrait e\u0302tre comme dans tous les westerns : un gentil et un me\u0301chant, la loi ou la marge, une affaire de proie (un peu) et d\u2019ombre (beaucoup). Un type e\u0301gare\u0301 la\u0300 ou\u0300 rien ne le re\u0301clamait pourtant. Sauf que s\u2019y trouve cette fille, celle-la\u0300 et pas une autre : le ve\u0301ritable enjeu de ce duel au soleil, dans la poussie\u0300re et la de\u0301raison, toute honte assume\u0301e et toute trouille bue. C\u2019est l\u2019e\u0301ternite\u0301 de la conque\u0302te, a\u0300 l\u2019Ouest comme n\u2019importe ou\u0300 ailleurs : donner ou recevoir le Saint Sacrement, vaincre en he\u0301ros ou s\u2019effacer en martyr. Eprouver ce vertige, a\u0300 me\u0302me la peau : e\u0302tre, l\u2019espace d\u2019une seconde, in ou bien out. Avec cette seule alternative : une belle de gagne\u0301e, ou bien une balle perdue.<\/strong><\/p><p><strong>Ce serait donc l\u2019histoire d\u2019un type qui aspire a\u0300 jouer les cowboys, le doigt sur la ga\u0302chette, la main qui tremble un peu. Et puis, comme dans toutes les histoires qui finissent bien, le type ferait mouche : adieu la mort, a\u0300 lui la silhouette triomphante s\u2019e\u0301loignant dans le jour se couchant. Bien campe\u0301e sur la selle, s\u2019accrochant a\u0300 celui qui l\u2019aura ainsi arrache\u0301e a\u0300 l\u2019ennui d\u2019une vie de\u0301ja\u0300 trace\u0301e, la demoiselle, e\u0301perdue de reconnaissance et d\u2019amour \u2013 jusqu\u2019au prochain bled paume\u0301, jusqu\u2019au prochain duel.<\/strong><\/p><p><strong>Sauf que chez Danicher, rien n\u2019est aussi simple. D\u2019abord parce que les frontie\u0300res sont floues : ces douze chansons plus une, c\u0327a n\u2019est me\u0302me pas tout a\u0300 fait un disque qui contiendrait l\u2019histoire. Danicher n\u2019arre\u0302te pas d\u2019en changer la texture, la trame, superposant ou retranchant les strates, attaquant d\u2019un angle diffe\u0301rent a\u0300 chaque nouvelle version ou presque. Impossible de le voir en pied, bien ancre\u0301 au sol : c\u2019est une figure mouvante qui ne veut pas qu\u2019on l\u2019attrape, me\u0302me au lasso.<\/strong><\/p><p><strong>Pourtant tout est la\u0300, et tout semble clair, comme dans un film noir, ce western moderne : un homme et une femme, des trahisons et des de\u0301parts, des affaires de sexe et de meurtre, des cauchemars e\u0301veille\u0301s et des illusions que l\u2019on va biento\u0302t laisser derrie\u0300re soi.<\/strong><\/p><p><strong>Reste a\u0300 savoir qui chante, dans ce nume\u0301ro a\u0300 deux voix. Ou pluto\u0302t : qui chante quoi, et qui chante qui. Qui \u00ab emballe \u00bb, et qui \u00ab trimballe \u00bb. Qui est l\u2019e\u0301merveillement du cadeau, et qui apporte avec soi le fardeau. En apparence, c\u2019est une manie\u0300re classique de mai\u0302tre- chanteur qui se de\u0301roule : l\u2019homme fait chanter la femme, qui chante ce que ne peut chanter l\u2019homme. Cet encha\u0302ssement, cet encheve\u0302trement mi-panique\u0301 mi-volontaire, c\u2019est la figure immanente du de\u0301sir, sans laquelle il n\u2019est pas de popsong possible.<\/strong><\/p><p><strong>Danicher a saisi cette chose essentielle : la matrice de tout cela, c\u2019est toujours un re\u0302ve de femme. \u00ab Re\u0302ves de Femme \u00bb est donc logiquement la chanson-pivot de l\u2019ensemble. Comme un symptome, elle est celle qui a e\u0301te\u0301 propose\u0301e sous les dehors les plus diffe\u0301rents, celle qui a subi, semble-t-il, le plus de variations.<\/strong><\/p><p><strong>En premier lieu du point de vue de celui qui re\u0302ve : la premie\u0300re version qu\u2018il nous fut donne\u0301e d\u2019e\u0301couter e\u0301tait celle de l\u2019homme seul, dans une attaque directe, simultane\u0301e a\u0300 l\u2019accompagnement musical, avec une seule guitare acoustique, sans l\u2019apaisement des <\/strong><strong>arrangements, sans la pulsation cardiaque rassurante des percussions ou de la basse. Une version a\u0300 l\u2019os, presque prive\u0301e de rythme, d\u2019une beaute\u0301 suffocante, absolue. Un monolithe sombre avanc\u0327ant dans la nuit blanche, inexorable (il n\u2019 y avait d\u2019ailleurs pas de pluriel a\u0300 ce re\u0302ve-la\u0300 ; c\u2019e\u0301tait la notion-me\u0302me de re\u0302ve, pas un morceau qui se serait de\u0301tache\u0301 de ce bloc).<\/strong><\/p><\/div><\/div><\/div><div class=\"page\" title=\"Page 2\"><div class=\"layoutArea\"><div class=\"column\"><p><strong>Puis ce fut la version en duo, initie\u0301e par la femme, et le sens en changea totalement : c\u0327a n\u2019e\u0301tait plus le re\u0302ve d\u2019une essence fondamentale (la femme) telle que projete\u0301e mentalement par un homme, mais l\u2019inte\u0301riorite\u0301 d\u2019une existence : une femme de\u0301voilant ses pulsions les plus enfouies, peut-e\u0302tre, et la re\u0301ponse de l\u2019homme a\u0300 cette avalanche, a\u0300 cet appe\u0301tit vorace de satisfaction (d\u2019abord le trouble &#8211; \u00ab cervelle de\u0301confite \u00bb &#8211; et puis cette de\u0301faite finale, terrassante &#8211; \u00ab je ge\u0301mis : ou\u0300 est passe\u0301 notre amour ? \u00bb).<\/strong><\/p><p><strong>C\u2019est le point d\u2019ancrage a\u0300 l\u2019e\u0301criture de Danicher: la vision du monde, et donc, l\u2019ordonnancement des chansons, sont bien diffe\u0301rents du sche\u0301ma tre\u0300s codifie\u0301 qu\u2019est le rapport dominant\/domine\u0301e, si souvent illustre\u0301 par le mythe de Pygmalion et Galate\u0301e. Pour lui, la matie\u0300re a\u0300 imprimer, c\u2019est l\u2019homme. Car c\u2019est bien la femme qui re\u0302ve au singulier, qui noircit la page. De la\u0300 l\u2019angoisse, formidable, et la souffrance contigu\u0308e a\u0300 cette angoisse, sans doute : qu\u2019est-ce qu\u2019il y a dans la sauterelle ? Comment distinguer l\u2019amour vrai de la romance ? Amour, ou amore ? Et, puisqu\u2019il s\u2019agit aussi, e\u0301videmment, d\u2019une petite musique a\u0300 arranger : comment accorder ses violons a\u0300 l\u2019autre ? Peut-on simplement de\u0301passer le fro\u0302lement ? Qu\u2019est-ce qu\u2019il y a a\u0300 l\u2019inte\u0301rieur ? Y a-t-il un au-dela\u0300 a\u0300 \u00ab ton cul, ton c\u0153ur et tes yeux \u00bb ? Peut-on tomber plus loin, plus bas ou plus haut que dans les \u00ab entrailles du ciel \u00bb ?<\/strong><\/p><p><strong>La mise en son cherche une solution a\u0300 ce questionnement : tour a\u0300 tour concaves ou convexes, de\u0301libe\u0301re\u0301ment pointus ou enveloppants, les instuments de\u0301veloppent des figures qui visent l\u2019harmonie mais paraissent s\u2019assembler avec difficulte\u0301, a\u0300 l\u2019envers, presque a\u0300 rebours. On cherche alors un e\u0301le\u0301ment de comparaison qui fasse foi, sinon autorite\u0301 : on va donc trouver refuge chez Lee Hazlewood et Nancy Sinatra. Et, en particulier, dans ce morceau devenu un classique : \u00ab Some Velvet Morning \u00bb. Classique malgre\u0301 cette e\u0301trangete\u0301 : chacun chante une partie qui parai\u0302t ne pas vouloir faire corps avec l\u2019autre, et la rejoindre dans la totalite\u0301 de la chanson. Comme deux histoires diffe\u0301rentes qui s\u2019annuleraient a priori, tout en se faisant e\u0301cho. Deux matie\u0300res sonores, deux me\u0301lodies contraires, et finalement deux mouvements oppose\u0301s \u2013 horizontal pour Lee, vertical chez Nancy : difficulte\u0301 de l\u2019ide\u0301e-me\u0302me de couple, ou illustration de ce que la jouissance ne viendra que dans le de\u0301passement de la figure e\u0301trange\u0300re, alie\u0301nante, de l\u2019autre ?<\/strong><\/p><p><strong>Ce qui est troublant, c\u2019est que cette faiblesse de l\u2019homme est de\u0301ja\u0300 contenue dans la voix de Danicher, qui tire vers les aigu\u0308s, quand sa partenaire chante avec une tessiture de malt &#8211; comme si le cowboy, c\u2019e\u0301tait elle, finalement, et lui la poupe\u0301e de salo(o)n. Lui prononc\u0327ait d\u2019ailleurs \u00abre\u0302v\u2019 de femmes\u00bb (tendant ainsi a\u0300 s\u2019effacer dans l\u2019e\u0301ther, l\u2019absence de marquage), alors qu\u2019elle appuie re\u0301solument sur le \u00ab e \u00bb muet (\u00ab re\u0302veuh de femme \u00bb).<\/strong><\/p><p><strong>C\u2019est peut-e\u0302tre ce qui explique que les de\u0301mos initialement pre\u0301sente\u0301es se soient ainsi e\u0301toffe\u0301es, dans un effet de ralenti pas force\u0301ment pre\u0301vu, une pesanteur inspire\u0301e par ce myste\u0300re et cette terreur conse\u0301cutive : comment fixer une fois pour toutes cette somme de de\u0301sirs jamais pleinement identifie\u0301s qu\u2019est la chair ? Las, le mouvement d\u2019opposition ne veut pas se re\u0301soudre, pour ne pas disparai\u0302tre : me\u0302me a\u0300 l\u2019unisson, les deux voix racontent encore les deux trajectoires diffe\u0301rentes qui le constituent.<\/strong><\/p><\/div><\/div><\/div><div class=\"page\" title=\"Page 3\"><div class=\"layoutArea\"><div class=\"column\"><p><strong>La re\u0301ussite du duo de\u0301pendra alors de la re\u0301ponse a\u0300 ces questions liminaires : qui me\u0300ne le chant ? Ou\u0300 est l\u2019autre dans le hors-chant ? Est-il, justement, comple\u0300tement hors-champ ? Que fait-il? Le point de vue a\u0300 embrasser, celui ou\u0300 l\u2019on s\u2019accordera un temps, est-il line\u0301aire ? Ou bien est-il dans la boucle, dans un flux et un reflux ?<\/strong><\/p><p><strong>Autre question fondamentale : par qui ou par quoi de\u0301marrer ? Et puis : ou\u0300 faire s\u2019arre\u0302ter la course folle du de\u0301sir ? A la mort, ainsi que le sugge\u0300re \u00ab J\u2019ai Tue\u0301 \u00bb ? Aux premiers signaux d\u2019amertume, comme dans un duel on s\u2019arre\u0302te au premier sang (\u00ab Au Revoir \u00bb ou \u00ab Entourloupe \u00bb) ?<\/strong><\/p><p><strong>Danicher ose plonger dans l\u2019abi\u0302me, et c\u2019est parfois un abi\u0302me de perplexite\u0301. Impossible en effet d\u2019offrir des re\u0301ponses de\u0301finitives a\u0300 ce qui reste en suspens : qui est la Belle et qui est la Be\u0302te, au fond ? Que faire quand la Belle est la Be\u0302te ? Quand la Belle hait la Be\u0302te ? Qui donc finira de\u0301chu ? Ou peut-e\u0302tre pire : simplement de\u0301c\u0327u ?<\/strong><\/p><p><strong>On croit savoir que le duo a pour pre\u0301noms Laurent et Laetitia : le triomphateur, et la joie. Pue joie de surface, si l\u2019on n\u2019y prend garde : joie dans la varie\u0301te\u0301 et la richesse des musiques, joie dans les sources auxquelles elles vont puiser (Hazlewood, e\u0301videmment, Bacharach ou Nilsson, aussi). Joie dans cette explosion de vitalite\u0301, dans cette rage a\u0300 aimer jusqu\u2019a\u0300 la de\u0301voration, par dela\u0300 l\u2019atmosphe\u0300re volontiers menac\u0327ante. Et triomphe : sur la douleur, sur la tristesse, sur le cours ordinaire des choses. Triomphe de celui qui a fait le choix de se pencher au-dedans, avec tout ce que cela implique : laisser surgir ce qui e\u0301tait peut-e\u0302tre destine\u0301 a\u0300 rester enfoui, essayer de plaquer de la mai\u0302trise dans le chaos ou le de\u0301risoire. Prendre le risque d\u2019en ressortir exsangue, abime\u0301.<\/strong><\/p><p><strong>Lorsqu\u2019il aura trouve\u0301 re\u0301ponse a\u0300 ses interrogations, Danicher publiera enfin son disque. Il aura la\u0302che\u0301 ces chansons-la\u0300, comme une poigne\u0301e de sable que l\u2019on laisse filer, a\u0300 contre- c\u0153ur, entre ses doigts. Et puis il recommencera a\u0300 en chercher d\u2019autres \u2013 d\u2019abord en aveugle, face a\u0300 la mer, alle\u0301e, elle aussi, avec le soleil.<\/strong><\/p><\/div><p><strong>Vina Pop, 2016<\/strong><\/p><\/div><\/div>\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/section>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>James BELAUD J\u2019Mag Attention Talents Pourriez-vous vous pre\u0301senter ? Laurent DANICHER Je m\u2019appelle Laurent DANICHER. Mes parents avaient un magasin de disques, TV, hi-fi dans les anne\u0301es 70. A\u0300 l\u2019e\u0301poque, il se vendait beaucoup de 45 tours, des chansons courtes, me\u0301lodiques, orchestre\u0301es. J&rsquo;ai e\u0301te\u0301 tre\u0300s impre\u0301gne\u0301 par cet univers. A\u0300 7 ans, j&rsquo;ai demande\u0301 un [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/danicher.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/49"}],"collection":[{"href":"https:\/\/danicher.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/danicher.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/danicher.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/danicher.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=49"}],"version-history":[{"count":25,"href":"https:\/\/danicher.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/49\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":568,"href":"https:\/\/danicher.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/49\/revisions\/568"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/danicher.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=49"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}